....J'ai toujours eu cette légère impression de m'être tromper d'époque. De me sentir chez moi lorsqu'un violoniste jouait devant moi dans le métro, lorsque Otis Redding de sa voix grave remplissait ma chambre et que les photographies argentiques s'étalaient sur mon mur. Je débitais souvent des histoires imaginaires, et ma salle de bain sentait les lilas et le tabac. C'était tout, une nouvelle forme de raison. Papa me l'a toujours dit, je ne suis pas née pour vivre dans la réalité. Il ne disait pas cela d'une manière méchante, non tout le contraire, d'un ton de fierté. Sa fille, moi j'étais née pour donner de la magie. Moi sa fille, dont la peau est d'un blanc neige et dont les jambes ne pensent qu'à voler. Mon unique passion? La photographie.
....Tout avait commencé par là. Ma passion, mon unique passion. L'après midi venait de commencer, on descendait la rue, notre rue. Le soleil brillait, mais il faisait froid. Comme par hasard j'étais en robe mais peu importe on était bien. La rue était déserte. Vous veniez de vous faire coiffer, pas de chance le vent soufflait, mais peut importe on rigolait. Et tu sais ce canapé on l'aimait, on avait pleurer à ce que notre regard devienne désert, on avait ris à ce que notre ventre se courbe, on avait fêter 16 anniversaires en dansant dessus, 8 pour moi, 8 pour vous. Les souvenirs y sont marqués, les tâches de confitures diverses, en passant de la framboise à la rhubarbe. Petits déjeuners des lendemains de soirées. Tâche de vernis, de manucures lors de forts ennuies de pluvieux dimanches. Même sous le vent, en robe, elle avec ses bottes et elle avec sa belle coiffure on voulait immortaliser ce bout de chemin, oui parce que ce simple meuble, cette simple chose débile représentait beaucoup, les jeux d'enfants puis les conversations d'adolescentes débiles qui semblaient s'ouvrir à la vie avec un trop grand espoir. Mais là on s'en foutait, je suis partie chercher mon appareil photo et la séance a commencé. Mais pas comme on l'avait prévu. Non tout le contraire mais c'était trois fois mieux, c'était de l'instantané, oui c'était nos rires, nos quatre rires mélangés. Et puis elle est tombée mais je l'ai rattrapé comme on l'a toujours fait dans n'importe quelle situation. Et cette photographie là c'est simplement une fraction de seconde qui résume une période de huit ans. Et combien de gens vivront ça dans leur vie? Aimer des gens pendant huit ans? Combien vivront une aussi grande et longue amitié? Et on était quatre, quatre rires fou, quatre esprits complètement fou, quatre c½urs. J'ai mélangé tout ça puis j'ai cliqué et j'ai aimé.
Voilà ou tout à commencer, voilà ou la passion, la magie et l'avenir se sont ouvert à moi. Sans la photographie je n'existerai plus, je vis dans l'imaginaire ne l'oublier pas. Je les remercie. Tout de suite, maintenant, je ne les aime plus. Mais ça c'est une autre histoire. Après avoir donner confiance et pouvoir au premier mot d'enfant que l'on m'avait donné pour m'y fier " amitié ", j'avais décidé de suivre une autre voie.
....Désormais. Ma loi? La solitude. J'avais de l'encre plein les doigts, je m'étais graver photographie sur mon c½ur. Ma règle? Planer. Sentir ce vide sous mes pieds, sentir l'imagination grandir. Pour être photographe, il fallait aimer la solitude, cette solitude qui vous fais planer même dans la plus attachante des foules. Messieurs, dames, je faisais partis de la loi populaire de la jeunesse dépravée: fumer pour ne plus avoir à parler, boire pour ne plus avoir à penser. Ne plus vivre dans la réalité, savoir seulement imaginer et à mes heures perdues photographier. A mes débuts, allongée là, dans ma chambre. Dans mon cirque, ma roulotte, mon cachot, mon univers, mon nuage, mon château fort. C'était pas grand chose, mais s'était beaucoup pour une seule âme. Avant que la foudre ne frappe, avant que l'amour n'atteigne mes pensées, je jouais d'innocence. Perché sur la lune, les pieds dans l'espace. Perché dans l'imagination, l'âme dans le néant. Je me souviens encore, le soleil s'éteignait, les traces des avions se dessinaient dans le ciel orangé si loin, je les observais me demandant dans quelle direction ils s'enfuyaient, j'aurais aimé être à bord. Peut importe où ils devaient se rendre, peut importe où ils me mèneraient, du moment qu'il y avait un vide sous moi, mon seul plaisir c'était être entre ciel et terre, que je puisse me laisser tomber, je voulais chuter. Le silence régnait. Mon visage demeurait sans vie. Le mal être me consumait mais mon c½ur restait debout, se réveillait lentement. Le bout de mes doigts agrippèrent la guitare tranquillement, mon âme accrocha les cordes discrètement, doucement mes souvenirs se dessinèrent dans la mélodie que je fis glisser dans l'air si parfaitement. Non je me racontais des conneries, je n'avais jamais su jouer, je ne serai sûrement jamais.Je suivais les pas de mon père, ne pas se croire différent, mais s'inventer une différence.